Les modèles imprimés 3D spécifiques au patient aident les chirurgiens plasticiens à planifier et réaliser une rhinoplastie

Les modèles imprimés 3D spécifiques au patient aident les chirurgiens plasticiens à planifier et réaliser une rhinoplastie

Bien qu'il soit difficile de perdre une partie de son corps, l'impact psychologique est encore plus dévastateur lorsque la perte concerne une partie du visage, telle que le nez. Il suffit de poser la question à Dallan Jennet. Le visage de Dallan a été défiguré à l'âge de 9 ans après être tombé d'un arbre et avoir atterri sur une ligne électrique sous tension qui lui brûle gravement le visage et lui fait perdre le nez. À ce moment-là, Jennet était tellement gêné par son visage qu’il a refusé d’aller dans un hôpital local pour rencontrer le Dr Tal Dagan, chirurgien agrégé adjoint au service de chirurgie plastique et de reconstruction du visage de l’hôpital Mount Sinai. Le médecin s’est donc rendu lui-même au lieu d’habitation lointain du garçon, aux Îles Marshall, pour voir si quelque chose ne pouvait pas être fait. « Je lui ai expliqué que ce serait un très long parcours composé de multiples chirurgies», a rappelé Dagan. « Et que je devrais emprunter la peau de son front. Il était toujours partant parce qu'il voulait vraiment retrouver son nez. »

Le parcours de Jennet vers un nouveau nez a commencé au début de 2015, avec la première de six opérations chirurgicales qui a été réalisée aux Îles Marshall, durant laquelle des extenseurs ont été placés sous la peau restante du nez du patient pour laisser de la place à l'implantation du nouveau nez. Le Dr. Dagan et une équipe d’Oxford Performance Materials, une société leader dans l’impression 3D et les matériaux de pointe, ont créé un dispositif facial imprimé en 3D qui reproduirait un nez naturel en apparence et en fonctionnalité. Contrairement à un implant standard, le dispositif a été créé à partir d’échantillons prélevés des nez des membres de la famille du patient afin de recréer le greffon le plus naturellement et culturellement adapté. Cela a également permis aux chirurgiens de répéter la procédure complexe et de réaliser une opération personnalisée pour minimiser les complications.

A l’âge de 15 ans, Dallan s’est envolé à l’autre bout du monde, à New York, pour avoir l’opportunité de vivre une vie normale avec l'aide de Canvasback Missions, Inc., une organisation à but non lucratif qui propose des soins de santé et d'éducation sanitaire dans les îles du Pacifique. Au cours d’une intervention chirurgicale qui a duré 16 heures au New York Eye and Ear Infirmary, Dr. Dagan and Dr. Mashkevich ont recouru à une nouvelle technologie au laser pour scanner le visage du patient et visualiser les vaisseaux sanguins alimentant sa peau afin de déterminer si celle-ci était en assez bonne santé pour la reconstruction. Les tissus et les vaisseaux sanguins prélevés sur la cuisse de Dallan ont permis à l’équipe chirurgicale d’enlever une grande quantité de tissu cicatriciel, d’insérer le greffon et de reconstruire la peau au-dessus de l’implant nasal imprimé en 3D. Ils ont effectué quatre chirurgies supplémentaires et des examens de suivi ambulatoires. Le résultat fut une reconstruction complète du nez de Dallan, avec ses sens de l’odorat et du goût restaurés. L'implant est permanent, flexible et n'aura pas besoin d'être remplacé, car il continue à se développer. « Nous pensons que cette procédure permettra au patient de mener une vie heureuse et productive », a déclaré Grigoriy Mashkevich, professeur agrégé en otholaryngologie, au service chirurgie plastique et reconstructive du visage à l'hôpital Mount Sinai. « Nous espérons également que cette approche constituera une option viable pour les personnes souffrant de difformités faciales graves, telles que les victimes de guerre nécessitant une chirurgie reconstructive. Cette procédure peut constituer une avancée majeure dans la reconstruction faciale, car le patient n'aura plus à faire face aux problèmes classiques de la greffe, tels que le rejet de tissu ou la longévité des traitements immunosuppresseurs. »

Depuis que Dallan Jannet a reçu la première implantation de nez imprimé en 3D aux États-Unis, les modèles spécifiques au patient imprimés en 3D sont apparus comme un nouvel outil indispensable pour la planification et la réalisation de la rhinoplastie. Cette dernière est considérée comme l'une des procédures les plus difficiles en chirurgie plastique. La rhinoplastie - parfois appelée « opération du nez » ou « remodelage du nez » - est l'un des types de chirurgie esthétique les plus fréquemment pratiqués. Selon les statistiques de l'ASPS, environ 219 000 procédures de rhinoplastie ont été réalisées aux États-Unis en 2017.

D’après un article spécial intitulé « Ideas and Innovations », écrit par Boldia Amirlak, MD, FACS et ses collègues du Southwestern Medical Center de l’Université du Texas à Dallas, et publié dans la revue « Plastic and Reconstructive Surgery », des modèles spécifiques aux patients, imprimés en 3D en taille réelle peuvent constituer une référence visuelle utile dans la salle d'opération pour les chirurgiens plasticiens pratiquant la rhinoplastie. Selon les auteurs, « les modèles imprimés en 3D spécifiques au patient, reflétant l'anatomie 3D réelle, fournissent au chirurgien des informations visuelles et tactiles supplémentaires, susceptibles de contribuer à l'obtention du résultat clinique souhaité. »

Les modèles imprimés en 3D peuvent contribuer à améliorer la communication avec le patient, selon les auteurs. « C’est un autre outil additif permettant aux patients de comprendre les résultats de leur opération », commente le Dr David H. Song, chirurgien plasticien et ancien président de l’American Society of Plastic Surgeons. « Dans le bon contexte avec le bon matériel pédagogique, cela améliore tout simplement la relation médecin-patient. Cela constitue un point de départ pour une discussion plus riche. » Dr Neil Tanna, chirurgien plasticien à New York, ajoute: « En gros, vous imprimez la photo 3D en un modèle 3D et vous pouvez vous en servir comme point de départ pour discuter avec le patient. Au lieu de lui montrer des images, vous pouvez montrer le problème précis. » Une fois que le patient et le chirurgien sont d’accord sur le « résultat idéal » de la rhinoplastie, les images numériques de l’aspect actuel et du résultat simulé du patient peuvent être converties en modèles imprimés en 3D. « Le retour tactile et la facilité de visualisation sous différents angles et profils ont complété les photographies 2D et 3D, rendant les possibilités chirurgicales et les limites de la procédure plus faciles à comprendre pour le patient », selon l'équipe du Southwestern Medical Center de l'Université du Texas à Dallas.

Mais les avantages ne s'arrêtent pas là. Dans la salle d'opération, ils peuvent fournir un guide au chirurgien. Le chirurgien peut utiliser les modèles imprimés en 3D comme une « référence côte à côte » pour s’assurer que les résultats de la rhinoplastie esthétique sont aussi proches que possible de l’aspect planifié du nez du patient.

L’équipe du centre médical Southwestern de l’Université du Texas à Dallas conclut : « Compte tenu de la complexité de la rhinoplastie, l’impression 3D peut tout à fait convenir dans le cadre des soins chirurgicaux dispensés à ces patients », améliorant ainsi le processus de consultation préopératoire et fournissant un guide au chirurgien durant la procédure. De nombreux membres de l'American Society of Plastic Surgeons préconisent l'utilisation de la technologie d'impression 3D pour guider les chirurgiens et les patients vers des résultats plus précis et plus satisfaisants en chirurgie esthétique.


Publié le 26 Février 2019